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Pensez à consulter le
vocabulaire du tango sur Marseille Tango
si vous rencontrez des termes inconnus.
Avant tout, le tango est une danse d'improvisation. Il n'y a pas de
chorégraphie. Chaque évolution sur la piste est le résultat de l'alchimie
entre la musique, le cavalier et sa partenaire.
Si la plupart des maestros effectuent des démonstrations
chorégraphiées, c'est que ces prestations ont un but de spectacle. Dès
qu'ils redeviennent danseurs, ils lancent la machine à créer et reprennent
le cours de l'improvisation.
L'improvisation est aussi un dialogue avec la cavalière. C'est le
couple qui joue avec la musique. Le cavalier doit donc rester attentif aux
propositions de sa partenaire. Ce que certains considèrent comme des
erreurs sont en fait des petits grains qui permettent, de la même façon
qu'une huitre perlière, de créer une perle d'improvisation.
Pour improviser, il faut être attentif et toujours sortir des senties
battus et rebattus, si c'est possible et cela, sans perdre sa cavalière,
la musique et sans percuter les autres danseurs, les murs, l'orchestre et
tout ce qui peut encombrer les évolutions.
Le tango argentin est une danse en couple. C'est même sans doute la
danse la "plus" en couple. En effet, c'est le couple qui danse et pas
chaque danseur séparément.
On peut danser de la même façon avec plusieurs partenaires les danses
de salon, la salsa ou le rock. En revanche, au tango, chaque rencontre
incite à découvrir de nouvelles voies.
Pour que cette harmonie dans le couple soit possible, il y a plusieurs
règles qui ne sont pas impunément transgressées.
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C'est le cavalier qui guide. C'est à dire qu'il a la
responsabilité des évolutions du couple.
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C'est la cavalière qui suit. C'est à dire qu'elle doit
réaliser les évolutions proposées par le cavalier.
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C'est la musique qui décide du tout. C'est à dire que toute
évolution doit être le résultat du ressentit de la musique.
Dans ce trio, le partenaire le plus tyrannique est la musique. En
effet, c'est elle qui ouvrira la gamme des possibilités d'expression. Un
bon danseur doit donc bien connaître la musique. Il saura alors prévoir
des mouvements particulièrement adaptés, ce qui aura l'avantage de ravir
la cavalière...
La quasi-totalité des cavalières préfèrent un danseur qui respecte la
musique à un danseur qui déballe toute la panoplie des figures qu'il a
appris en cours.
En remerciement de l'attention de la cavalière qui fera au mieux les
mouvements demandés, le cavalier portera toute son attention restante (ce
que la musique n'a pas phagocyté), au bien-être de sa cavalière. Il ne doit
pas non plus oublier de laisser vivre les propositions d'improvisation de
sa partenaire.
Il veillera à identifier les mouvements qui lui plaisent et ceux
qu'elle redoute, pour les dispenser avec la mesure et le tact qui
convient.
En conséquent, un bon danseur est celui qui arrive à danser
avec une débutante en la mettant en sécurité. Il aura ainsi prouvé qu'il
sait être attentif et "proposer" clairement.
N'oubliez pas qu'à
Buenos Aires, ce n'est pas la figure qui est recherchée, mais l'harmonie
du couple et même du bal.
Vous découvrirez avec
surprise qu'en dansant sans aucune figure, mais avec un guidage doux et
soigné, vous ravirez l'essentiel des cavalières, beaucoup plus facilement
qu'avec des figures compliquées à apprendre, comprendre et maîtriser. De
plus, en vous adaptant à la danseuse, vous parviendrez à vous faire
plaisir car vous aurez évité tout ce qui coince.
La récompense de la cavalière pour sa "soumission", c'est
qu'elle est mise en valeur, choyée. Cela vaut bien d'inverser pour
quelques danses le port de la culotte dans le couple ;-)
Cependant, avec
beaucoup de pratique, vous remarquerez que le tango est un jeu subtil de
"à toi, à moi", la cavalière sachant guider à sa manière. C'est un peu
difficile à expliquer car c'est très subtil (sinon, c'est simplement une
inversion des rôles).
C'est le résultat
d'un cavalier très attentif et d'une cavalière imaginative. La danse
terminée, il vous sera bien difficile de dire qui a pris l'initiative de
telle ou tel mouvement. C'est une des nombreuses magies du tango.
C'est la pierre angulaire du tango. Même si l'on a bien
compris que le cavalier doit indiquer ce qu'il souhaite à la cavalière et
que celle-ci doit exécuter précisément ce qui est demandé, le guidage est
ce qui est le plus difficile à mettre en œuvre. En contrepartie, c'est
l'essentiel du plaisir du tango. Plus le guidage sera précis et plus le
plaisir sera grand à danser (et à regarder).
Même si les danseurs ont en général de belles chaussures, les
pieds ont un rôle très secondaire dans le tango. Cependant, c'est souvent
eux qui attirent l'attention du débutant. Ce qui est intéressant se passe
à un tout autre niveau, à l'étage du buste.
Il serait ridicule de faire ici un cours de guidage par
écrit, car tout est dans la sensation. On réservera donc au cours
l'expérimentation du guidage. Cependant, quelques règles sont à conserver
à l'esprit aussi longtemps qu'elles ne seront pas devenues naturelles.
Il convient pour bien comprendre les limites du guidage, de
distinguer les figures des fioritures. Les premières sont guidées, les
secondes sont laissées à l'initiative de chacun du moment qu'elles ne
perturbent pas la danse.
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Si le cavalier ne demande rien, la cavalière ne fait
rien. Le tango est fait de mouvements et de pauses. Si la musique vous
les inspire, vous pouvez toutefois peupler les pauses de fioritures
calmes. La cavalière débutante va souvent avoir tendance à enchaîner
deux figures, par exemple un huit en sortie de tour, ou à faire un
gancho sauvage (ce qui a en plus l'inconvénient d'être très dangereux).
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Lorsque la cavalière a compris l'indication du
cavalier, elle doit parfaitement jouer le jeu. toutes les graduations
sont possibles. Chaque cavalière aura la sienne. On retiendra cependant
qu'il est rarement agréable d'avoir une cavalière lourde. Pour cela,
elle devra transmettre dans son mouvement le plus possible de l'énergie
envoyée par le cavalier. L'homme aura ainsi l'impression d'avoir une
cavalière légère avec laquelle il pourra faire des mouvements sans risquer de se luxer le dos...
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La transmission de l'indication du cavalier doit se faire
via un cadre ferme et souple. Si les danseurs sont très proches, voire
"collés" (style milonguero), il suffira d'un très léger mouvement
du buste pour imprimer le mouvement nécessaire à la cavalière. Si
le couple danse à distance, il faudra retrouver une précision de guidage
au moyen de points de contact (mains, bras...) fermes, mais
décontractés. Ce point est un des plus difficiles à obtenir. Certains
raidissent leur bras ou au contraire sont trop mous. Il faut avoir la
seule rigidité suffisante, pas une once de plus... En tango nuevo, les
mouvements vifs et les oppositions de direction, les tensions crées font
qu'il faut interpréter cette règle vers plus de tonicité. Cependant, là
encore, seule la "force" nécessaire doit être employée.
Il n'est pas question ici du sens du bal (vous
en trouverez les règles ici...), mais d'étudier les libertés de
mouvement du couple et des partenaires du couple au sein de celui-ci.
Chaque partenaire a son axe propre. Chacun doit veiller à
conserver son propre équilibre, tout en ne déséquilibrant pas l'autre. Par
exemple, la cavalière engagée dans un tour doit tourner à distance
constante du cavalier et le cavalier doit toujours veiller à repositionner
la cavalière sur son axe lorsqu'il lui a demandé un mouvement.
Pour conserver son axe et être ainsi prête à recevoir
l'indication du cavalier, la cavalière doit toujours repasser par le point
zéro, c'est à dire avoir les chevilles jointes (et bien sûr, toute la
longueur de la jambe qui la domine). Cela ne veut pas dire
qu'elle doit s'arrêter dans cette position, mais simplement la retrouver
quasi systématiquement pour éviter les raccourcis d'une position à
l'autre, raccourcis qui limitent les possibilités de guidage du cavalier.
Ce conseil vaut aussi pour le cavalier qui gagnera ainsi en beauté du
geste.
Maintenant, étudions comment ces axes se déplacent. Il y a
deux possibilités, les mouvements de translation et ceux de rotation. Ces
deux mouvements rappellent les deux écoles du tango, celle qui dit que le
tango est né de la marche et celle qui affirme qu'il est né du tour...
Les mouvements de translation
Lorsqu'un couple marche, les deux axes se déplacent sur une
ligne commune. Ils sont en translation. Cela peut paraître le plus simple
à guider, mais il est toujours possible de faire des progrès dans sa
réalisation... La gamme des subtilités est vaste, rien que pour les
mouvements de translation. Vous aurez l'heur de les découvrir
progressivement lors de vos cours et danses.
Évoquons juste pour mémoire, les changements d'amplitude du
pas, ou les changements de direction (beaucoup plus nombreux et subtils
que ce que certains imaginent...).
Les mouvements de rotation
L'axe d'un danseur peut aussi être engagé dans des mouvements
de rotation. Il peut tourner sur lui-même, ou bien autour d'un autre axe. Ceci est très important à
comprendre pour le guidage. Le danseur doit toujours avoir à l'esprit quel
axe il doit avoir en référence. Par exemple, s'il demande un pivot à la
cavalière, celle-ci tournera sur son axe. Par conséquent, le cavalier
devra tourner autour de la cavalière. L'axe de la cavalière sera le centre
du dispositif et les épaules du cavalier effectueront une portion de
circonférence imaginaire autour de cet axe.
Si le cavalier souhaite que la cavalière tourne autour de
lui, c'est lui qui deviendra le pivot et c'est la cavalière qui décrira la
portion de circonférence.
Toutes les combinaisons sont possibles et se verront au
fur-et-à-mesure de la progression dans la maîtrise (deux axes en rotation,
un seul axe partagé entre les partenaires ou combinaison de translation et
de rotation...). Cependant, réfléchir sur cette simple différence d'axe
permet au cavalier de bien guider un tour et un pivot. Ainsi, il n'aura
pas le risque de voir une cavalière s'engager dans un tour alors qu'il
souhaitait simplement la faire pivoter.
Nous avons vu l'importance de la musique. Dès que possible,
les danseurs devront se confronter à des musiques différentes. Je ne parle
pas seulement de la différence entre les tangos, milongas et valses, mais
au sein de la même catégorie, des différences musicales qui permettront au
couple d'exprimer autre chose pour peu qu'il fasse preuve de sensibilité
et d'écoute.
Le tango étant à l'origine un rythme binaire (à 2 ou 4
temps), si on excepte la valse (3 temps), les posés de pieds se feront
principalement sur ces temps. La combinaison du guidage et de l'écoute de
la musique fera que les partenaires poseront leurs pieds en même temps.
Les danseurs ont aussi la liberté de jouer avec les contretemps (moments
intermédiaires entre les temps), voire sur des intervalles plus brefs
lorsqu'ils deviennent virtuoses du jeu de jambe. Attention cependant à ne
pas perdre l'harmonie de la danse. N'oubliez pas aussi que la cavalière
doit être mise en valeur. Si le cavalier se démène à 200 à l'heure, dans
une frénésie de petits pas vifs, la cavalière risque de ne pas pouvoir
suivre le rythme en conservant sa grâce... Si elle reste plus sobre, elle
risque alors de disparaître derrière ce vibrant danseur.
Attention, tous les temps de la musique ne doivent pas être
nécessairement dansés. La musique de tango est très riche et il y a en
général plusieurs étages superposés. Une rythmique qui peut être à
ellipse, et plusieurs niveaux mélodiques qui s'enchevêtrent et se
relayent.
Le danseur pourra exploiter tantôt l'un ou l'autre de ces
niveaux en fonction de sa partenaire, de ses envies et de l'encombrement
de la piste de danse...
Vol
Vous découvrirez, en approfondissant la chose, que le posé
juste n'est pas forcément celui qui tombe pile au millième de seconde sur
le temps, mais parfois celui qui sera très légèrement décalé. Ces petits
jeux de retard sur la musique, ou avec le partenaire donnent une dynamique
et une beauté au tango. Là encore, c'est une histoire de
sensibilité. En musique, on appelle cela le rubato (terme italien
signifiant "dérober").
Certaines cavalières assises au bord de la piste observent le
visage des danseuses pour y détecter le plaisir. Elles prennent cela comme
un indicateur de talent du cavalier. Mais ce n'est pas cette bonne figure
que je souhaite évoquer ici...
Une figure est tout ce qui ne peut pas se faire sans guidage.
La marche, avant et arrière, le pas de côté, le pivot, le huit et le tour
sont le résultat d'un guidage, au moins dans leur phase d'initiation.
Certaines figures plus complexes, comme les boléos et les
ganchos ou les volcadas et colgadas ne peuvent jamais se faire sans
guidage. Les premières car elles comportent un risque de blesser un couple
voisin, ou même le cavalier qui peut ne pas s'y attendre. Les secondes, se
traduisant par un jeu sur les axes respectifs des partenaires ne peuvent
être initiés que par le cavalier qui l'aura préparé en affermissant ses
appuis.
Ces recommandations sont aussi dans l'intérêt de la
cavalière. Se jeter violemment en arrière ou en avant risque de
déséquilibrer le cavalier et d'entraîner ainsi le couple vers le sol...
Par respect pour sa cavalière, le cavalier ne demandera pas
des figures demandant une certaine préparation de la part de la cavalière
s'il ne les maîtrise pas. Je pense en particulier à ces volcadas qui
cassent en deux le dos des cavalières surprises. Même bien guidée, une
volcada peut être dangereuse pour une cavalière qui ne la connaît pas.
Nous placerons aussi dans cette catégorie les barridas et les
sacadas car c'est le mouvement du partenaire qui les provoque, Ce ne sont
donc pas des fioritures, même si trop souvent la barrida est exécutée
comme un
"pousse-pied" et la sacada un "coup de jambe".
Un dernier conseil.
Les Portègnes (habitants de Buenos Aires) font très peu de figure.
Posez-vous la question de savoir pourquoi et essayez de voir si l'harmonie
du couple n'est pas au final plus satisfaisante que quelques figures
acrobatiques passées "à l'arrache".
Maintenant que nous avons parlé des figures, voyons ce qui ne
se guide pas, les fioritures (adornos)...
La première et la plus simple des fioritures, c'est le
sourire...
Je sais bien qu'Enrique Santos Discépolo puis Ernesto Sabato ont diffusé
la maxime selon laquelle "Le
tango est une pensée triste qui peut se danser", mais tout
de même, on danse pour le bonheur que cela procure, pas pour se déprimer.
Il y a ensuite tous les petits jeux de traspié que le
cavalier peut effectuer sans les répercuter à sa cavalière. Plus rarement,
la cavalière peut prendre l'initiative d'en faire, mais c'est risqué si le
cavalier demande quelque chose juste à ce moment.
Elle aura en revanche toute la gamme des jeux de cheville, et
tous ces temps de caricias et lustradas, à condition que le cavalier lui
en laisse le temps. Cependant, n'exagérez pas. Faits systématiquement, ces
ornements risquent de nuire au rythme de la danse. Ils sont souvent malvenus dans la valse ou la milonga.
Là encore, la sagesse
vient de Buenos Aires où tout cela fait avec finesse et raffinement.
Cependant, cavaliers, si votre cavalière aime ces fioritures, laisser lui
du champ pour les réaliser. et interprétez, si possible, la musique avec
cette nouvelle contrainte.
N'oubliez pas que le tango est surtout joli de tout ce qui ne
se montre pas... |